Europe - UKRAINE : VICTOIRE CHINOISE A L'HORIZON : Tribune Libre de Thomas Flichy de la Neuville,

Europe - UKRAINE : VICTOIRE CHINOISE A L'HORIZON : Tribune Libre de  Thomas Flichy de la Neuville,

Europe - UKRAINE : VICTOIRE CHINOISE A L'HORIZON : Tribune Libre de Thomas Flichy de la Neuville,

Par Thomas Flichy de la Neuville, enseignant-chercheur en géopolitique à Rennes School of Business et expert des conflits internationaux et de la crise en Ukraine., le 02 Mars 2022

UKRAINE : VICTOIRE CHINOISE A L’HORIZON

Après quelques jours de combats, les brumes se sont singulièrement épaissies au-dessus des plaines d’Ukraine confondant amis et ennemis, morts et vivants. Sur le théâtre des combats, la rumeur joue désormais tous les rôles sans qu’on la puisse voir. Voici qu’elle s’adresse aux soldats :

 « Ouvrez l'oreille ; car qui de vous voudrait faire le sourd, quand parle la bruyante Rumeur ? C'est moi qui de l'orient au couchant, faisant du vent mon cheval de poste, divulgue sans cesse les actes commencés sur ce globe terrestre. Sur mes langues voltigent continuellement des fictions que je traduis dans tous les idiomes et qui remplissent les oreilles des hommes de faux bruits. Je parle de paix, tandis que l'hostilité secrète déchire le monde, sous le sourire de la tranquillité. Et quel autre que la Rumeur, quel autre que moi hâte les levées d'hommes alarmées et les préparatifs de défense, tandis que l'année, grosse de quelque autre catastrophe, est censée porter dans ses flancs une guerre terrible et tyrannique ? La Rumeur est une flûte où soufflent les soupçons, les jalousies, les conjectures : instrument si aisé et si simple que le rude monstre aux innombrables têtes, la discordante et indécise multitude peut en jouer ».

Trompés par la rumeur, nous n’avons d’autre choix que de nous élever au-dessus des brumes. A l’évidence le déclenchement des hostilités par la Russie s’explique par les rivalités entre les Siloviki de l’appareil militaire et les diplomates. Les humiliations successives subies par les Russes en Ukraine ont poussé les militaires à prendre l’initiative d’une telle opération. Leur désir de revanche a vaincu le désespoir des diplomates. Vladimir Poutine les a donc déchainés alors qu’il les maintenait jusqu’à présent sous bonne garde. Ces militaires ont pris l’initiative radicale de couper les derniers liens reliant la Russie à l’Europe occidentale, sans se soucier qu’il en résulterait pour les Russes une diminution de niveau de vie allant de 30 à 50 %.

Ceci explique que des secondes mains aient été envoyés de part et d’autre pour entamer les négociations lors de la première trêve. Les conditions fixées par les Russes pour l’arrêt des combats étaient finalement assez simples : la reconnaissance de l’indépendance des deux républiques séparatistes avec leur oblast complet, la reconnaissance par l’Ukraine du rattachement de la Crimée à la Russie, la démilitarisation de l’Ukraine et par conséquent sa non-appartenance future à l’OTAN même si la Russie accepterait qu’elle puisse rentrer dans l’Union Européenne. A Kiev, les prisonniers de droit communs ayant une expérience militaire ont été sortis de prison et armés, ils font régner la terreur dès la nuit tombée. La ville comme échappe aux bombardements qui pourraient faire cesser les combats en 24 h. Pourquoi les Russes répugnent ils à bombarder. Pour éviter de s’aliéner définitivement la population civile ?

La raison est plus profonde : Kiev est la mère des villes russes, l’antique matrice de la Russie et le lieu de son baptême. Les fils ne peuvent exécuter leur mère. Ils doivent rentrer désarmés dans le sein de leur mère quitte à périr dans cette épreuve. Cependant, plus le temps passe, plus il est difficile pour les diplomates de retenir le désir des Siloviki d’en finir par des bombardements. Et maintenant - mis à part la mort bouffonne qui nargue les armées de son ricanement – quel sera le vainqueur ultime ? Depuis une semaine, les États-Unis et la Russie ont obtenus chacun un avantage au détriment de l’Europe.

Mais le vainqueur ultime sera la Chine : à elle la puissance économique tandis que la Russie s’empare du champ politico-militaire. Dans ce couple, la Russie ne saurait faiblir militairement car elle risquerait alors d’être dévorée par son alliée chinoise.

Thomas Flichy de la Neuville, enseignant-chercheur en géopolitique à Rennes School of Business et expert des conflits internationaux et de la crise en Ukraine. (02-03-22)

 

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