Monde - La sécurité des laboratoires où sont étudiés les virus mortels est-elle suffisante ?

Monde - La sécurité des laboratoires où sont étudiés les virus mortels est-elle suffisante ?

Monde - La sécurité des laboratoires où sont étudiés les virus mortels est-elle suffisante ?

Par Filippa Lentzos, King's College London et Gregory Koblentz, George Mason University, le 26 Août 2021

La sécurité des laboratoires où sont étudiés les virus mortels est-elle suffisante ?

Une scientifique habillée d'une combinaison pressurisée au Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg. (Agence de la santé publique du Canada)

Filippa Lentzos, King's College London et Gregory Koblentz, George Mason University

Le coronavirus SRAS-CoV-2 est-il le résultat d’une recherche à haut risque qui a mal tourné ? Quelle que soit la réponse, le risque de pandémies futures issues de la recherche sur des agents pathogènes dangereux est réel.

L’élément central de cette discussion sur les fuites en laboratoire est l’Institut de virologie de Wuhan, niché dans la banlieue vallonnée de la ville de Wuhan, en Chine. Il s’agit de l’un des 59 laboratoires de niveau de confinement maximal en activité, en construction ou prévus dans le monde.

Connus sous le nom de laboratoires de niveau de confinement 4 (NC4, ou P4), ils sont conçus et construits pour que les chercheurs puissent travailler en toute sécurité avec les agents pathogènes les plus dangereux de la planète, ceux qui peuvent provoquer des maladies graves et pour lesquels il n’existe ni traitement ni vaccin. Les chercheurs doivent porter des combinaisons pressurisées couvrant tout le corps et équipées d’une entrée d’oxygène indépendante.


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Les laboratoires NC4 sont répartis dans 23 pays. La plus grande concentration se trouve en Europe, avec 25 laboratoires. L’Amérique du Nord et l’Asie sont à peu près à égalité, avec respectivement 14 et 13 laboratoires (le Canada en abrite un à Winnipeg). L’Australie en compte quatre et l’Afrique trois. Comme l’Institut de virologie de Wuhan, les trois quarts de ces laboratoires se trouvent dans des centres urbains.

Une carte montrant l’emplacement des laboratoires de niveau de biosécurité 4 dans le monde
Emplacement des laboratoires de niveau de biosécurité 4. globalbiolabs.org/map, Author provided

Avec ses 3 000 m2 de superficie, l'Institut de virologie de Wuhan est le plus grand laboratoire NC4 au monde, mais il sera bientôt dépassé par le National Bio and Agro-Defense Facility de l’Université d’État du Kansas, aux États-Unis. Lorsqu’il sera terminé, il disposera de plus de 4 000 m2 de laboratoires NC4.

La plupart des autres laboratoires sont nettement plus petits, la moitié des 44 laboratoires pour lesquels des données sont disponibles font moins de 200 m2, soit moins de la moitié de la taille d’un terrain de basket-ball professionnel ou environ les trois quarts de la taille d’un court de tennis.

Environ 60 % des laboratoires NC4 sont des institutions de santé publique gérées par le gouvernement, tandis que 20 % sont gérés par des universités et 20 % par des agences de biodéfense. Ces laboratoires sont utilisés soit pour diagnostiquer des infections par des agents pathogènes hautement mortels et transmissibles, soit pour mener des recherches sur ces agents pathogènes afin d’améliorer notre compréhension scientifique de leur fonctionnement et de développer de nouveaux médicaments, vaccins et tests de dépistage.

Mais ces laboratoires sont loin d’être tous bien notés en matière de biosûreté et de biosécurité. Le Global Health Security Index, qui évalue si les pays disposent d’une législation, de réglementations, d’organismes de surveillance, de politiques et de formations en matière de biosécurité et de sûreté biologique, est un indice révélateur. Dirigé par la Nuclear Threat Initiative, située aux États-Unis, l’indice montre qu’un quart seulement des pays disposant de laboratoires NC4 ont obtenu une note élevée en matière de biosécurité et de biosûreté. Cela laisse supposer que les pays ont une grande marge de progression pour développer des systèmes complets de gestion des risques biologiques.

Photo du laboratoire de microbiologie de Winnipeg
Le Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg, au Canada, abrite l’un des 59 laboratoires de niveau de confinement 4 dans le monde. LA PRESSE CANADIENNE/John Woods

L’adhésion au Groupe international d’experts des régulateurs de la biosécurité et de la sûreté biologique, où les autorités réglementaires nationales partagent les meilleures pratiques dans ce domaine, est un autre indicateur des pratiques nationales en matière de biosécurité et de biosûreté. Seuls 40 % des pays disposant de laboratoires NC4 sont membres du forum : Australie, Canada, France, Allemagne, Japon, Singapour, Suisse, Royaume-Uni et États-Unis. Et aucun laboratoire n’a encore adhéré au système volontaire de gestion des risques biologiques (ISO 35001), introduit en 2019, pour établir des processus de gestion visant à réduire les risques de biosécurité et de biosûreté.

La grande majorité des pays disposant de laboratoires de confinement maximal ne réglementent pas la recherche à double usage, qui fait référence aux expériences menées à des fins pacifiques, mais pouvant être adaptées pour causer des dommages ; ou la recherche à gain de fonction, qui vise à augmenter la capacité d’un agent pathogène à causer des maladies.


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Trois des 23 pays disposant de laboratoires de niveau de confinement 4 (Australie, Canada et États-Unis) ont des politiques nationales de surveillance de la recherche à double usage. Au moins trois autres pays (l’Allemagne, la Suisse et le Royaume-Uni) disposent d’une certaine forme de surveillance de la recherche à double usage, où, par exemple, les organismes de financement exigent de leurs bénéficiaires de subventions qu’ils examinent leurs recherches pour en déterminer les implications à double usage.

Augmentation de la demande

Il n’en reste pas moins qu’une grande partie de la recherche scientifique sur les coronavirus est menée dans des pays qui ne contrôlent pas la recherche à double usage ou les expériences de gain de fonction. Cette situation est d’autant plus préoccupante que la recherche par gain de fonction sur les coronavirus est susceptible d’augmenter. Les scientifiques cherchent à mieux comprendre ces virus et à identifier ceux qui présentent un risque plus élevé de zoonoses, c’est-à-dire de passer de l’animal à l’humain ou de devenir transmissibles entre humains. On s’attend également à ce que davantage de pays cherchent à se doter de laboratoires de niveau de confinement maximal à la suite de la pandémie actuelle, afin de se préparer aux prochaines pandémies.

Si la pandémie de Covid-19 nous a rappelé brutalement les risques posés par les maladies infectieuses et l’importance de la recherche biomédicale pour sauver des vies, nous devons garder à l’esprit que cette recherche peut comporter ses propres risques. Une science rigoureuse et des politiques robustes peuvent toutefois limiter ces risques et permettre à l’humanité de récolter les fruits de ces recherches.The Conversation

Filippa Lentzos, Senior Lecturer in Science and International Security, King's College London et Gregory Koblentz, Associate Professor and Director of the Master's in Biodefense, George Mason University

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Filippa Lentzos, King's College London et Gregory Koblentz, George Mason University (26-08-21)

 

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