France - Pourquoi n'avons-nous pas de traitements contre la maladie d'Alzheimer ?

France - Pourquoi n'avons-nous pas de traitements contre la maladie d'Alzheimer ?

France - Pourquoi n'avons-nous pas de traitements contre la maladie d'Alzheimer ?

Par Donald Weaver, University of Toronto, le 28 Mars 2021

Pourquoi n’avons-nous pas de traitements contre la maladie d’Alzheimer ?

À l'heure actuelle, les seuls médicaments approuvés pour la maladie d'Alzheimer se contentent de soulager certains symptômes - partiellement et temporairement - mais n'arrêtent pas la progression de la maladie. Shutterstock

Donald Weaver, University of Toronto

En tant que chercheur qui étudie la maladie d’Alzheimer et neurologue qui soigne des personnes atteintes de la maladie, je partage la frustration, voire la colère, des personnes et des familles lorsque je leur dis que je n’ai aucun traitement à leur proposer.

Au cours de la dernière année, les scientifiques se sont attaqués à la Covid-19, une maladie jusqu’alors inconnue, et ont mis au point en quelques mois de nouveaux vaccins efficaces contre le virus qui la cause. Au cours de la même période, la liste des échecs du traitement de la maladie d’Alzheimer s’est allongée. Actuellement, les seuls médicaments approuvés pour la maladie d’Alzheimer ne font qu’atténuer certains symptômes — partiellement et temporairement — mais n’empêchent pas la maladie de progresser.

Bien qu’elle ait été officiellement décrite pour la première fois il y a 115 ans, et qu’elle existait bien sûr bien avant cela, nous n’avons toujours pas de traitement pour cette maladie dévastatrice. Pourquoi ?

Commençons par suivre la piste de l’argent. À mesure que la population mondiale vieillit, les défenseurs des patients soulignent depuis des années l’augmentation du nombre de victimes et les coûts engendrés par la maladie d’Alzheimer. Elle est gravement sous-financée par rapport au cancer, aux maladies cardiaques, au VIH/sida et même à la Covid-19.

Malheureusement, la croyance erronée selon laquelle la maladie d’Alzheimer ne touche que les personnes âgées est un facteur qui contribue à ce sous-financement. Or, cinq à dix % des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ont moins de 65 ans ; certaines sont même dans la quarantaine. La maladie d’Alzheimer est également une maladie qui touche toute la famille, provoquant anxiété, dépression et épuisement chez les aidants et les proches, ce qui entraîne un coût socio-économique disproportionné.

Théories contradictoires

Le financement n’est pas le seul problème ici. Le cerveau humain est extrêmement complexe, et la maladie d’Alzheimer est la plus complexe des maladies du cerveau. Les défis qui en découlent sont reflétés par les nombreuses théories qui circulent sur la maladie.

Selon la théorie la plus ancienne, la maladie d’Alzheimer est causée par des protéines mal repliées qui s’agrègent ou s’agglutinent, tuant les cellules du cerveau et provoquant les symptômes de perte de mémoire et de cognition réduite. Au départ, le coupable de cette histoire de mauvais pliage était une protéine appelée bêta-amyloïde. Plus récemment, une autre protéine, la protéine tau, est apparue comme un contributeur possible.

Le mauvais repliement des protéines à l’origine de la maladie d’Alzheimer pourrait impliquer les protéines bêta-amyloïdes ou tau. AP Photo/Evan Vucci

Bien que de nombreuses données de recherche aient étayé cette théorie du mauvais repliement des protéines, appelée hypothèse amyloïde, de nombreux médicaments conçus pour bloquer les processus toxiques de mauvais repliement des protéines du cerveau ont échoué à plusieurs reprises dans les essais sur l’humain. En fait, au cours des deux dernières années, plusieurs essais cliniques majeurs basés sur cette hypothèse — à savoir que la réduction du niveau d’agrégats bêta-amyloïdes qui encombrent le cerveau des patients atteints de la maladie d’Alzheimer permettrait d’arrêter la progression de la maladie — ont échoué de façon spectaculaire.

Il existe donc de nombreuses autres théories. La théorie de la neuroinflammation de la maladie d’Alzheimer, qui suggère que la maladie résulte d’une libération excessive de produits chimiques inflammatoires toxiques provenant de cellules immunitaires du cerveau appelées microglies, est un nouveau concurrent de taille. Les médicaments conçus pour répondre à cette théorie sont fondamentalement différents de ceux qui répondent à l’hypothèse amyloïde et en sont encore au début du processus de développement.

Une autre théorie prétend que la maladie d’Alzheimer est une maladie des synapses, qui sont les jonctions entre les cellules du cerveau, et une autre encore suggère que la maladie d’Alzheimer est une maladie des mitochondries, une structure centrale à la production d’énergie dans chaque cellule du cerveau.

Les défis pour trouver un traitement

Le chemin vers un traitement ne sera pas facile, et même si ces théories mènent au développement de médicaments, ceux-ci peuvent échouer pour une foule d’autres raisons.

La maladie d’Alzheimer peut être présente pendant de nombreuses années avant l’apparition des symptômes. Pixabay

La maladie d’Alzheimer est une maladie chronique, sans doute présente 20 à 30 ans avant que les premiers symptômes ne deviennent évidents. Donner un médicament lorsqu’une personne devient symptomatique peut être trop tard pour qu’il fasse une différence. Mais nous n’avons pas la capacité de la diagnostiquer 30 ans avant les premiers symptômes. Et même si nous le pouvions, nous devrions considérer l’éthique de donner un médicament potentiellement toxique à long terme à quelqu’un qui pourrait ou non développer la maladie dans trois décennies.

De plus, contrairement à la mise au point d’antibiotiques pour lesquels les chercheurs savent en quelques jours si le médicament est efficace, la nature chronique de la maladie d’Alzheimer exige des essais longs et coûteux — qui durent des années — avant de pouvoir obtenir une réponse. Ce temps et ces dépenses constituent un obstacle supplémentaire au développement de médicaments.

Un dernier problème est que la maladie d’Alzheimer pourrait ne pas être simplement une maladie. Il peut s’agir en fait d’un ensemble de maladies similaires. L’évolution clinique d’une personne de 52 ans atteinte de la maladie d’Alzheimer précoce est certainement distincte et différente de celle d’une personne de 82 ans atteinte de la maladie d’Alzheimer tardive. Un médicament qui fonctionne chez une personne de 82 ans fonctionnera-t-il également chez une personne de 52 ans ? Peut-être, ou peut-être pas.

Heureusement, malgré ces nombreux obstacles, une multitude de recherches prometteuses sont menées dans les laboratoires du monde entier. Les succès remportés par la science et l’industrie pharmaceutique pour venir à bout de nombreuses autres maladies au cours du siècle dernier laissent croire que nous y arriverons.The Conversation

Donald Weaver, Professor of Chemistry and Director of Krembil Research Institute, University Health Network, University of Toronto

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

 

Une information à partager ?
Cliquez-ici !

 

Retour

 

A LIRE AUSSI