France - Pourquoi les enfants croient-ils (ou pas) au Père Noël ?

France - Pourquoi les enfants croient-ils (ou pas) au Père Noël ?

France - Pourquoi les enfants croient-ils (ou pas) au Père Noël ?

Par Jacqueline D. Woolley, University of Texas at Austin, le 21 Décembre 2020

Pourquoi les enfants croient-ils (ou pas) au Père Noël ?

La saison des fêtes de fin d’année est arrivée, avec tous les mythes qui l’accompagnent, au premier rang desquels on trouve bien sûr le Père Noël. C’est à cette époque que l’on raconte aux enfants l’histoire d’un homme éternel, qui habite au Pôle Nord, est au courant de ce que désire chaque enfant tout autour du monde, conduit un traîneau tiré par des rennes volants et entre dans les maisons par la cheminée – cheminée qui n’existe pas chez la plupart des enfants !

Étant donné les multiples absurdités et contradictions de cette histoire, il est surprenant que les enfants, même très jeunes, y adhèrent. Cependant, les recherches menées dans mon laboratoire montrent que 83 % des enfants de 5 ans pensent que le Père Noël est une personne réelle. Comment cela s’explique-t-il ?

Un avantage de l’évolution ?

Au fondement de ce paradoxe, on retrouve une question fondamentale sur le jeune enfant, considéré comme un être intrinsèquement crédule, par opposition à ce qu’on définirait comme un être rationnel.

Dans un essai publié en 1995, le célèbre auteur et étholoque Richard Dawkins a affirmé que les enfants étaient enclins à croire quasiment tout ce qu’on leur dit. Il a même suggéré que ce serait un avantage acquis au cours de l’évolution.

Il l’a illustré de manière très convaincante en prenant l’exemple d’un jeune enfant vivant près d’un marais infesté d’alligators. Il a fait valoir que l’enfant sceptique – qui évaluerait d’un œil critique les conseils de ses parents l’enjoignant à ne pas aller nager dans ce marais – a beaucoup moins de chances de survivre que celui qui suit sans réfléchir les recommandations de ses parents.

Cette façon de voir les jeunes enfants comme des être crédules est assez largement partagée, notamment par le philosophe du XVIIIe siècle Thomas Reid, et par des spécialistes en psychologie du développement, qui assurent que les enfants sont fortement enclins à faire confiance à ce que les gens leur disent.

Pas si différents des adultes ?

Pourtant, les recherches menées dans mon laboratoire montrent que les enfants sont des consommateurs d’information rationnels et réfléchis. En réalité, ils ont recours aux mêmes outils que les adultes pour évaluer ce qu’ils doivent croire ou non.

Quels sont donc ces outils et comment pouvons-nous savoir que les enfants les possèdent ? Concentrons-nous sur trois d’entre eux. Le premier est l’attention portée au contexte dans lequel s’intègre l’information. Le deuxième est la tendance à évaluer l’information nouvelle par rapport aux connaissances préalables dont on dispose. Le troisième est la capacité à évaluer l’expertise d’autres personnes.

Si le Père Noël n’existait pas, faudrait-il le dire à ses enfants ? (Brut, 2018).

Arrêtons-nous d’abord à ce qui relève du contexte. Imaginons que vous lisez un article sur une nouvelle espèce de poissons, que nous appellerons des « surnits », dans deux situations très différentes. Dans le premier cas, votre médecin a beaucoup de retard et vous restez dans la salle d’attente à lire un exemplaire du National Geographic, magazine officiel d’une société scientifique.

Dans l’autre cas, vous tombez sur un compte rendu de cette découverte en feuilletant le National Enquirer, un tabloïd américain distribué dans les supermarchés, alors que vous faites la queue à l’épicerie.

C’est grosso modo le type de situation que nous avons essayé de reproduire avec des enfants. Nous avons abordé avec eux le sujet de ces animaux dont ils n’avaient jamais entendu parler. Avec certains, nous avons partagé la nouvelle en l’insérant dans un cadre fantastique, en leur disant que les dragons ou les fantômes collectionnaient ces poissons. Avec les autres, nous avons évoqué les « surnits » en prenant un contexte scientifique, où ils seraient utilisés par des médecins ou des scientifiques.

Les enfants, de quatre ans à peine, étaient plus enclins à affirmer que les « surnits » existaient vraiment lorsqu’ils en entendaient parler dans un contexte scientifique plutôt que dans un contexte fantastique.

Du bon usage de l’expertise

L’une des principales façons dont nous, adultes, apprenons de nouvelles choses, est d’en entendre parler par d’autres. Imaginez que vous ayez vent de l’existence d’une nouvelle espèce de poisson par l’intermédiaire d’un biologiste marin – plutôt que par votre voisin qui aime surtout parler d’histoires d’extraterrestres. Votre évaluation de l’expertise et de la fiabilité de ces sources consolidera ou non votre conviction de la réalité de ce poisson.

Dans une autre recherche, nous avons présenté aux enfants de nouvelles espèces d’animaux, tantôt plausibles (comme un poisson vivant dans l’océan), tantôt incroyables (par exemple un poisson vivant sur la lune), ou improbables (un poisson aussi gros qu’une voiture). Puis, nous leur avons offert le choix soit de vérifier par eux-mêmes que l’espèce existe, soit de le demander à quelqu’un. On leur a aussi fait écouter les comptes rendus d’un gardien de zoo, pour le rôle de l’expert, ou d’un chef cuisinier (dans le rôle du personnage non expert).

Nous avons constaté que les enfants ajoutaient foi aux espèces plausibles et rejetaient les espèces incroyables. Ils prenaient leur décision en comparant les nouvelles informations à leurs connaissances préalables. Pour les animaux improbables – ceux qui pouvaient exister mais qui étaient rares ou étranges – les enfants avaient beaucoup plus de chances d’y croire lorsque le gardien du zoo affirmait qu’ils existaient que lorsque le chef cuisinier le faisait.

En d’autres termes, les enfants font appel à leur expertise, tout comme les adultes.

L’implication des parents

Si les enfants sont si intelligents, pourquoi donc croient-ils au Père Noël ?

La raison est simple : leurs parents et bien d’autres personnes se donnent beaucoup de mal pour entretenir le mythe du Père Noël. Une étude récente a évalué que 84 % des parents emmenaient leur enfant rencontrer deux sosies du Père Noël au moins pendant la saison des fêtes.

 

« The Elf on the Shelf » – initialement un album parlant de ces lutins qui regardent si les enfants sont sages et en informent le Père Noël – est désormais une franchise multimillionnaire. Et il existe des services postaux qui assurent des réponses personnalisées aux lettres des enfants.

Pourquoi nous sentons-nous obligés de faire tant d’efforts ? Pourquoi l’oncle Jack insiste-t-il pour monter faire quelques pas sur le toit la veille de Noël et y faire tinter des clochettes ?

Tout simplement parce que les enfants sont loin d’être irréfléchis et ne croient pas tout ce qu’on leur dit. Nous, les adultes, devons donc multiplier les preuves : les cloches sur le toit, les pères Noël vivants au centre commercial, la carotte à moitié mangée le matin de Noël.

Les indices évalués par les enfants

Compte tenu de tous ces efforts, il serait presque irrationnel de la part des enfants de ne pas croire au Père Noël. En adhérant au mythe, ils exercent en fait leurs capacités de réflexion scientifique.

Tout d’abord, ils évaluent leurs sources d’information. Comme le montre un projet mené dans mon laboratoire, ils se fient plus facilement à un adulte qu’à un enfant pour juger de ce qui est réel ou non.

Ensuite, pour statuer sur l’existence du Père Noël, ils se réfèrent à un certain nombre de preuves, comme le verre de lait vide et les biscuits retrouvés à moitié mangés le matin de Noël. Concernant d’autres êtres fantastiques, comme les sorcières d’Halloween, les enfants utilisent des indices similaires pour étayer leurs croyances.

Enfin, à mesure que leurs capacités de compréhension s’étoffent, les enfants s’arrêtent sur sur certains des points absurdes du mythe du Père Noël : comment un homme corpulent peut-il bien descendre dans une cheminée étroite, comment des animaux pourraient-ils voler…

 

Certains parents se demandent s’ils nuisent à leurs enfants en leur relayant la croyance au Père Noël. Des philosophes et des blogueurs ont mis en avant un certain nombre d’arguments contre la perpétuation d’un « mensonge », certains assurant que cela pouvait induire une méfiance permanente envers les parents et les autres autorités.

Alors que faire ?

Rien ne prouve que la croyance dans le Père Noël puisse affecter de manière significative la confiance que les enfants ont en leurs parents. Par ailleurs, non seulement ils ont en main tous les outils nécessaires pour découvrir la vérité, mais le fait de s’intéresser au Père Noël peut aussi leur donner une chance d’exercer ces capacités.

Donc, si vous pensez qu’il est amusant pour vous et votre famille de convier la figure du Père Noël à vous accompagner pendant les fêtes, vous ne devriez pas hésiter. Vos enfants s’en sortiront bien. Et peut-être même apprendront-ils quelque chose.The Conversation

Jacqueline D. Woolley, Professor and Department of Psychology Chair, University of Texas at Austin

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

 

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